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Et Dieu créa la femme, «La pénombre des masures», de Mamoun Lahbabi

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Misère des campagnes, exode rural vers les périphéries des centres urbains, prolifération de l'habitat insalubre, pauvreté extrême, immigration clandestine vers l'Europe, tyrannie, corruption...,
 autant de manifestations de ce qui est convenu d'appeler sous-développement, un sujet de cogitation pour l'économiste, mais également source d'inspiration pour le romancier.

Mamoun Lahbabi est à la fois l'un et l'autre. Economiste de profession, il est enseignant-universitaire, mais aussi romancier par passion pour les mots et les belles lettres. D'où ce nouveau roman qui vient s'ajouter à sept autres, mais qui en diffère largement aussi bien par la clarté que par le style. En effet, si les premiers romans de Mamoun Lahbabi, depuis « Amours inachevés », « Dorhan », etc. présentent un aspect fortement intimiste, souvent difficile à la lecture, «La pénombre des masures» - c'est le titre du nouveau roman - s'inscrit, lui, dans la lignée de la littérature réaliste, voire naturaliste à la manière d'un Zola ou d'un Maupassant. A la manière des naturalistes, Mamoun Lahbabi semble autant soucieux de sculpter minutieusement ses personnages que d'esquisser à grande peinture réaliste leurs conditions sociales et économiques, notamment en donnant des descriptions par le menu des petits détails de la vie quotidienne: « Lentement, la lumière s'estompait, lentement une voile sombre enveloppait Dalas que l'absence d'éclairage métamorphosait en masse difforme (…)
« Alimentés par des batteries usagées, les téléviseurs démarraient pour accompagner les courtes veillées. 

Les sons à peine audibles à l'intérieur se chevauchaient à l'extérieur. Et dans les allées étroites, une cacophonie inaudible escortait le passage furtif des riverains.
« Une fillette toqua à une porte :
- Ma mère m'envoie pour un peu de huile, dit-elle en tendant un verre. »
On l'a compris, la scène se passe dans un bidonville du nom un tantinet pompeux de Dalas, d'après le célèbre feuilleton du même nom qui faisait sensation dans les années 80, en raison de l'opulence de ses personnages et de ses décors qui narguent effrontément la misère des chaumières où ils s'invitent chaque soir. 
On saisit aisément l'ironie de l'homonymat entre le Dallas des magnats du pétrole, en Amérique, et le Dalas en taule ondulé de la périphérie de Casablanca, qui abritait des laissés-pour-compte du sous-développement. Pour l'animation de ce petit univers d'exclusion, on n'a que l'embarras du choix. En ce qui concerne les personnages de notre roman, tout commence lorsque Hmad, un paysan ruiné, décide un jour de quitter sa campagne natale du fin-fond du pays pour aller se refaire une vie à Casablanca. Itinéraire classique qui de tout temps a drainé des populations entières de l'intérieur du pays vers les villes côtières, Casablanca en premier. 

Et puis il y a Hada, la femme de Hmad et son relais lorsque celui-ci vint à vaciller sous les coups de boutoir de l'impuissance et des lumières enivrantes de la ville. Visiblement, rien n'est trop cher ni trop beau pour Lahbabi, quand il s'agit de chérir la femme, de les hisser bien haut sur le piédestal. Hada en est une et elle a sa place tout en haut. Mais il y a aussi la généreuse Khadija, et surtout Amina, la fille surdouée de Hada et sa fierté. L'horizon d'espoir en épilogue également de ce roman dont le message se résume en quelques mots:le salut d'une nation est dans l'éducation de ses enfants. Comme Amina.


Extrait

« Mina aimait ces histoires jamais avares d'horizons. Elle furetait sans son imaginaire pour explorer de nouveaux rêves, pour se fondre dans des univers sans repères livrés à des désirs d'adolescente. C'était pour elle une sorte de voyage entrepris à l'abri de toute entrave. Une partance dépourvue de balises, une errance dans les contrées imprévisibles des envies et des espérances.
« Très souvent, dans ces livres, des pages avaient été arrachées, parfois pour emporter des images, parfois sans raison, inutilement. Si Mina s'offusquait de ces comportements, elle ne déplorait nullement ses pans d'histoire disparus. 
Au contraire, ces vides lui offraient des motifs supplémentaires pour envisager et construire. A son tour, elle apportait, à sa guise, la pièce manquante s'accordant ainsi une part dans l'aventure dont elle se faisait alors témoin actif. »

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