L'Australie s'est engagée à assurer pleinement l'application de la Convention pour l'Elimination de toutes formes de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF ou CEDAW) à travers un nouveau programme national…
Ainsi, différentes mesures ont été prises afin de prévenir et d'éliminer la violence dont les femmes sont victimes. Le gouvernement a promis, par ailleurs, la mise en place d'un programme national pour garantir la santé des femmes mais aussi l'égalité de leurs chances devant l'emploi.
Et lorsque l'on prend connaissance de ces intentions louables, nous ne pouvons que voir l'avenir des femmes australiennes d'un bon œil. Si le gouvernement peut se féliciter de ses engagements, il n'en reste pas moins que certains changements d'orientations viennent, paradoxalement, ralentir la mise en œuvre effective de ces programmes. En effet, ce qui devait être au départ une mesure nationale, a évolué par la suite vers une décentralisation des pouvoirs et des applications des lois, transférant, ainsi, les responsabilités du pouvoir fédéral aux gouvernements des territoires et des états. Parallèlement, le budget initial destiné à garantir l'évolution de la condition de la femme australienne, a été réduit de 38 %.
En fait, lorsque nous nous intéressons plus en profondeur à l'état de santé de la société australienne, nous nous apercevons que l'insuffisance sociale et humaine concerne moins la femme en elle-même que les aborigènes. La discrimination raciale y est encore pratiquée avec violence et complaisance. Ainsi, il y a fort à penser que les changements de position de la part des politiques, les réductions de budgets précédemment alloués sont directement liés à une volonté de réduire l'influence des aborigènes dans la société australienne. Dans cet esprit, donner rapidement l'accès aux femmes à des droits nouveaux profiterait directement à l'insertion des femmes aborigènes dans la vie sociale, ce qui n'est sans doute pas une priorité pour le gouvernement australien.
Alors, en dépit de certains efforts concédés, la violence contre les femmes demeure un des principaux sujets d'inquiétude pour elles surtout dans les territoires aborigènes. Ainsi, s'il est question de mesures pouvant faire évoluer le droit des femmes australiennes, aucun programme n'est prévu pour réduire la violence féminine au sein des communautés aborigènes.
Enfin, outre la spécificité de cette forme de discrimination, les australiennes "non aborigènes" souffrent de certaines lois qui semblent rétrogrades comparées au caractère avant-gardiste de celles qu'il était prévu d'instaurer depuis quelques années. Prenons comme exemple les femmes qui travaillent dans le secteur privé et qui n'ont pas systématiquement droit au congé de maternité.
D'autres mœurs ont encore cours en Australie, notamment la traite des femmes et la prostitution forcée qui touchent les femmes provenant de pays comme les Philippines et l'Europe de l'est…
Il est à souhaiter que les campagnes de sensibilisation, organisées durant ces dernières années pour faire évoluer la condition de la femme en Australie, ne soient pas anéanties par des décisions politiques fondées sur une discrimination ethnique soigneusement dissimulée.
Les Chiffres Clés (Australie)
* Une analyse sociale montre que la violence domestique affecterait plus d'une famille sur trois ou quatre.
* La mortalité maternelle chez les femmes aborigènes est 5 fois plus élevée que chez les femmes non aborigènes.
* Une enquête a révélé que 2,6 millions de femmes (soit 38 % de la population féminine australienne) ont eu l'expérience d'au moins un cas de violence physique ou sexuelle durant leur vie.
* En 1994, en deux semaines, environ 2 150 femmes se sont échappées de leur domicile pour trouver refuge dans les centres d'accueil.
* Le standard téléphonique du service de crise pour les femmes violentées dans le territoire de Victoria a reçu 5 200 appels pour la période de juillet à décembre 1996.
* Des statistiques sur les crimes révèlent que sur 150 victimes d'homicides, 121 étaient des femmes.
* La violence dont sont victimes les femmes suscite l'incompréhension : 77 % des personnes interrogées ont des difficultés à comprendre pourquoi les femmes victimes de violence domestique ne quittent pas définitivement leur foyer.
* Approximativement 25 % des parlementaires fédéraux sont des femmes, une augmentation de 22 % par rapport aux parlements précédents.
















