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Eudoxie JL QUECLAN

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1/ Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours et vos activités ?

Bonjour et merci pour votre invitation.

Mon nom d’auteur et d’artiste est Eudoxie JL QUECLAN. J’ai soixante ans, trois enfants et un adorable petit-fils. Je suis Martiniquaise et amoureuse des spécificités qui font de moi ce que je suis. J’écris d’ailleurs en Créole comme en Français.
L’écriture a été ma compagne depuis que je sais tenir un crayon et m’en servir. Ainsi, j’ai collectionné de nombreux manuscrits, souvent poétiques que je mets en lumière au fil du temps. J’ai commencé à publier en 2017 et j’ai pour l’instant mis au jour cinq ouvrages. Les termes que j’aborde sont pour l’essentiel, les fruits de mon observation de la nature que je traduis en fables ou en contes dans un désir de transmission pédagogique. J’y partage ainsi mon émerveillement du Monde-Nature.
Qui dit fable dit maxime, ainsi je fais également passer à travers mes écrits des valeurs et des messages positifs et éveilleurs de conscience.
Ma plume est un peu particulière car j’écris souvent en vers, quelque soit le type d’ouvrage, du poème au roman en passant par le conte. C’est pour moi un goût, une prédilection et un confort d’écriture car cela me permet la transmission fluide de mes pensées profondes, souvent empreintes d’humour.
La trilogie d’héroic fantasy « La Dragonne d’Astrée », récit atypique, en est la parfaite illustration car écrite en hexasyllabes à la manière d’une chanson de geste. De même que les Fables d’Âmétisse dont je n’ai publié à ce jour que la première des cinq : « La demoiselle ailée ».
Mon premier grand travail d’écriture, je l’ai mené à l’âge de quinze ans, dans un style plus simple. Un premier roman « Un Amour de chien » qui n’a été publié que trente-six ans plus tard.
Ces trésors de mes tiroirs sont aujourd’hui mes challenges de parution en espérant avoir le temps de tous les honorer. D’autant que, la créativité s’imposant, je continue de produire parallèlement.
En plus de l’écriture, j’aime beaucoup le dessin et la peinture que je signe EJLQ. C’est une production plutôt cyclique et hétéroclite. J’ai réalisé quelques huiles sur toiles après mes essais d’enfance à la gouache. Prochaine étape : une collection d’aquarelles.
Pourquoi toutes ces longueurs, tout ce temps ? Ce n’est pas commun, je pense, pour un artiste et un auteur. Il faut dire que tout ce que je fais est cyclique et lent étant en situation de handicap « non visible » dit-on.

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2/ Et votre vie professionnelle ?

J’ai eu une scolarité en dents de scies pour les raisons précédemment indiquées. Cependant, j’ai adoré étudier malgré les difficultés. Après un Bac littéraire trilingue, préparation d’un BTS, deux ans de droit et j’ai été recrutée.
J’ai d’abord cumulé dix ans dans l’audiovisuel avec une courte carrière de six ans en tant qu’Assistante de Direction pour ensuite effectuer vingt-huit ans de carrière dans le milieu financier.
Ce fut assez compliqué par rapport à ma santé et au fait de devenir mère mais j’ai tenu autant que j’ai pu. Travailler avec un handicap n’est pas simple et demande beaucoup de volonté. Cela nécessite aussi un accompagnement adapté de la part de l’employeur. Ces conditions mises en place, le travailleur donne souvent bien plus de lui-même que dans un contexte classique.

3- Et pourquoi ce secteur d’activité ?

Le milieu financier ne faisait pas partie de mes choix ni de ma formation mais représentait une sécurité d’emploi non négligeable dans mon cas. Je m’y suis plu et j’ai fait le job.
Par contre l’écriture qui fait ma vie est l’expression de tout ce qui fait « moi », une existence parallèle dans laquelle je m’épanouis et qui me révèle. Elle a été ma béquille et elle est aujourd’hui mes ailes.

4– Quels sont vos projets à venir ?

J’ai fondé, depuis ma cessation d’activité une maison d’édition associative qui accompagne certains auteurs autoédités dans leurs démarches et puis, oui, c’est maintenant que je me publie et que je peux me consacrer à ce qui restait jusqu’ici un hobby, l’écriture.

Je travaille en ce moment sur deux ouvrages très différents, une petite pièce de théâtre pédagogique, la seconde Fable d’Âmétisse et le dernier tome de « La Dragonne d’Astrée » qui est en attente d’illustrations pour paraître.

5- Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie ?

La pose du diagnostic médical a fait s’écrouler mon monde car je devais renoncer à bien des choses comme la plongée, et toutes les activités en solitaire ou présentant un quelconque danger en cas de survenue d’une crise. Il a fallu que je trouve des ressources en moi-même et notamment dans un cheminement spirituel pour pouvoir rebondir avec un regard neuf sur ce qui m’arrivait et une nouvelle façon d’aborder la vie. La valeur même des choses a pris une autre dimension.

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Cependant, je ne restais jamais inactive, mon esprit en perpétuelle ébullition a conçu « La Dragonne d’Astrée » sur un lit ou j’ai passé près d’une année. C’était pour moi une échappatoire, une belle évasion dont je voulais à peine revenir et où je repartais à tire d’ailes. Ainsi, cette année d’immobilisation m’a semblée bien plus courte et plus légère. J’étais de plus très excitée car j’avais enfin le déclic pour publier et l’envie de tout faire moi-même de ce livre que j’aimais tant. Il a donc été ma première publication en autoédition, ouvrant la voie aux trésors de mes tiroirs.

6– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

Toujours y croire, rester authentique et, comme on dit, ne pas blâmer une contrariété. Nous avons tous notre pierre à apporter, c’est même notre devoir en tant qu’« existant ». C’est notre mission de vie de faire, de donner toute notre mesure et d’arriver au bout.
Je n’ai pas renoncé à être mère et j’ai même eu mon troisième enfant à quarante-deux ans. Parce qu’il faisait partie de mon projet de vie et qu’il n’était pas question qu’il reste sur le bord de la route. Il est important de savoir ce que l’on veut autant que ce que l’on ne veut pas car cette seconde catégorie peut nous freiner ou nous détourner de nos chemins.

7- Votre avis sur la situation de la femme

Dans ma région caribéenne, dans mon pays Martinique, la femme occupe une place ambivalente la propulsant en tant que mère et épouse au rôle de « poto mitan » (La poutre sur laquelle tout repose et que l’on honore) et puis dans le même temps, elle est souvent en tant que femme, fille et compagne bafouée et abandonnée avec enfants. C’est une image paradoxale de la femme qui frôle selon moi l’hypocrisie liée au statut princier des hommes, encore bien ancré dans les mentalités. Heureusement certains hommes s’en affranchissent eux-mêmes de part une transmission bien faite qui s’élargit. Ainsi se font plus nombreux les hommes d’un autre genre, aux attitudes plus honorables. On ne peut que s’en réjouir, vu qu’ils sont nos enfants et nos frères et que nous les aimons. C’est une société qui traine encore les boulets sociétaux d’une histoire pas si lointaine mais qui fait sur elle-même un énorme travail d’émancipation et de renaissance.

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Il faut noter aussi que ce travail est souvent démoli par les influences machistes sadomasochistes, venues de certains milieux que je préfère ne pas identifier ici et qui vérolent l’image de la femme noire, voulant créer une sorte d’amazone sans foi ni loi dont le corps, objet non aimé mais utile (car source d’un « certain » pouvoir) est piétiné sans état d’âme par la femme elle-même sous les applaudissements et les rires masculins… voire féminins. J’espère que cette mode ne fera pas de vieux os.

Dans le monde la femme n’a pas fini de se battre, même là où elle semble si « libre ». Le monde est une jungle au détriment des faibles et il suffirait d’un rien pour que tout rebascule. Alors la vigilance reste de mise car, contrairement aux animaux, l’humain a oublié que la compagne et la mère, dans son espèce, font partie de lui-même et que la force lui est donnée pour les protéger. Ainsi, il est fort possible que les animaux nous survivent. (Clin d’œil)

La femme a-t-elle un rôle à jouer ? Certes, dans la plupart des domaines, elle brille (dans d’autres, elle s’auto détruit). Mais son drame c’est qu’ELLE ne peut oublier son espèce puisqu’elle enfante ses bourreaux et les aime. Le chat se mord donc la queue dans une ode d’amour, de domination, de jalousies, et hélas parfois de morts…
Mon conseil : Garder le cap : Nous n’avons pas le choix. Et éduquons mieux nos petits d’hommes.

8– Votre avis sur le site ?

Je trouve que donner la parole aux femmes est une belle initiative. Il y a tant à dire et tellement d’histoires différentes. C’est enrichissant. J’ai fait de belles découvertes. Je félicite l’initiative et ce site à la navigation si aisée.

9– Dernier mot ?

Merci pour cette opportunité d’expression.
Mon dernier mot : Soyons pleinement ce que nous sommes dans toute notre mesure, les obstacles n’étant que des pierres d’une autre couleur mais aussi constructives à l’édification de nous-mêmes.

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Aout 2022

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