Interviews

Feriel Berraies

1- Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours et vos activités

Cela est difficile de se résumer. Je suis Feriel Berraies une ancienne diplomate Tunisienne.

J’ai quitté une carrière de diplomate il y a plus de 18 ans, pour rejoindre l’homme de ma vie , mon mari aujourd’hui, décédé. Je suis tunisofrancaise et suis basée en France depuis 18 ans, je milite depuis des années en France pour le mieux vivre ensemble. J’ai reçu Le Prix de l’Action Féminine 2015 de l’UNION DES FEMMES AFRICAINES à Bruxelles ( African Woman’s League). Ce prix a récompensé tous mes efforts en faveur du woman empowering en Afrique. En 2018, j’ai également reçu le Prix Sanitas pour mon engagement dans les médecines douces en Tunisie.

J’ai créé et- dirigé plusieurs magazines féminins panafricains de Femme Africaine / NEW AFRICAN WOMAN à mon initiative United Fashion for Peace ( Association loi 1901, Platefolrme de mode éthique et webzine) lancée suite au printemps arabe. J’ai grandi dans le monde entier suivant un papa diplomate et depuis ma plus tendre enfance, je cultive une fibre pour l’humanisme, la défense des femmes et de la diversité et le mieux vivre ensemble du Nord au Sud.

J’ai plusieurs statuts d’Expert entre la France le Maghreb et je m’intéresse particulièrement aux Droits des enfants et des femmes en Afrique. Je suis hyper active mais également Hypersensible et Personnalité à haut potentiel. Des qualités pour certains des tares pour d’autres (sourires) et je suis en continuelle création, malgré le deuil qui m’a éprouvé il y a deux ans.

Je suis maman de jumeaux Elyas et Elyssa.

2- Et votre vie professionnelle

Je suis une touche à tout et une insatiable, mes plusieurs casquettes me permettent d’analyser les composantes de l’humain et dans toutes ces facettes. Mes plusieurs vies ne se ressemblent pas, mais je m’adapte en fait à un contexte socio économique et politique en constante évolution, ce qui nous amène nous les femmes à constamment nous réinventer. L’écriture, le journalisme et les médecines douces me conférent une approche plus globale de l’humain et de son évolution dans un contexte sanitaire et politico-économique de plus en plus tendu. Aller vers l’autre, le comprendre, l’accompagner et l’aider me nourrit entièrement désormais.

3- Et pourquoi ce secteur d’activité

J’ai quitté les feux des projecteurs d’une existence bling bling, dès le printemps arabe, ma vision du Monde a changé quand j’ai constaté toutes les souffrances cachées des peuples révoltés. Cela a été un tsunami qui m’a amenée à me poser les questions sur le sens de la vie, sur ce qui était essentiel et ce qui ne l’était plus. Une révolution intérieure où j’ai plus choisi de m’orienter vers le durable, l’écologie humaine et environnementale. Mon humanisme et mes qualités intuitives ont alors pris le dessus. United Fashion for Peace où je milite depuis plus de 11 ans sur l’éthique, le durable, les femmes qui se battent pour un idéal et qui sont artisanes d’initiatives pour le mieux vivre dans notre monde, reste mon fer de lance.

4– Quels sont vos projets à venir ?

Ecrire, militer, donner la voix aux femmes, alléger les souffrances et continuer à faire des ateliers dans tout le Maghreb et collaborer avec des instances médicales Nord Sud sont mon fer de lance.

Le départ de mon mari d’un cancer virulent et du Covid, m’a fait vivre la pandémie mondiale dans les tripes et de plein fouet. Un deuil traumatique qui m’a obligée à prendre du recul et à observer mais également à observer l’intramuros des personnels et aidants hospitaliers, très souvent oubliés non valorisés et peu aidés. Eux même en grande souffrance, cela m’a fait beaucoup réfléchir sur les initiatives que l’on pouvait créer nous thérapeutes pour venir soigner autant les malades que les aidants dans ces institutions, car eux aussi souffrent. En France et en Tunisie il y a une grosse crise de l’hôpital publique et de grosses carences en terme de personnel hospitalier et de moyens mis à leur disposition. Surchargés, peu reconnus, il est temps de faire quelque chose à mon humble niveau j’ai décidé de le faire et c’est ma nouvelle vocation pour la rentrée.

Cette rentrée je suis partenaire avec des institutions qui sont en train de mettre au point des projets pour créer des espaces de prise en charge et d’allégement de « la souffrance » l’allopathique est dépassé, les médecines douces peuvent amener un plus et alléger la situation. Par contre, il me faudra aussi raison et santé garder car la tâche est immense, complexe et à moi toute seule je ne pourrai pas changer grand-chose. Une goutte d’eau mais essentielle pour faire bouger les lignes.

5- Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie ?

La naissance de mes jumeaux le phare de ma vie, les Prix que j’ai reçu tout au long de ma carrière, les innombrables premières de couverture quand j’étais mannequin, les médias que j’ai créés, mes initiatives pour la paix ( défilés en Afrique et en France ) ma recherche scientifique sur les enfants soldats, mes livres qui sont lus dans de prestigieuses universités et Ministères de Souveraineté d’Etat en France. Mais aussi malheureusement, la mort traumatique et injuste de mon époux, mort qui a détruit mon monde et mes certitudes. M’obligeant à me relever encore et toujours, malgré plusieurs chirurgies et un isolement depuis trois ans suite à la pandémie. Et m’obligeant encore une fois à me réinventer et à me lancer dans de nouveaux projets. Projets mis en berne pour ma santé, mon deuil et les restrictions liées au Covid. Mais là je suis en mode warrior !

6– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

L’éducation, la persévérance, le courage, la ténacité sont la clé de leur indépendance à venir. Je leur dirai de ne jamais se sous-estimer, de rester debout malgré les difficultés et les épreuves. Et de surtout s’affranchir des diktats qui peuvent les réduire qu’ils soient culturels, politiques économiques et ou religieux. Elles peuvent exister sans un homme, elles peuvent influer dans leur communauté si elles se donnent les moyens.

7- Votre avis sur la situation de la femme en Tunisie

Cela est trop long et mérite un autre article, une autre fois. Disons que la Tunisie et ses femmes sont un modèle encore aujourd’hui, et nous avons la chance aujourd’hui d’avoir une femme Premier Ministre ( la France vient de le faire après nous) . Mais il est clair que nous subissons beaucoup de choses difficiles en rapport avec la crise économique et politique actuelle. Le Covid, le printemps arabe, et à présent la Guerre en Ukraine, vont augmenter la précarité des femmes dans toute l’ Afrique. Mais en Tunisie, la femme reste un modèle qu’importe les critiques externes et les tentatives de certaines mouvances conservatrices qui essayent de mettre à mal nos acquis.

La femme tunisienne est une lionne. Je dirais simplement à toutes les femmes du Monde comme le pensait Simone de Beauvoir que rien n’est jamais acquis pour les femmes, quand on voit ce qui se passe dans certains Etats Américains pour l’IVG, c’est une terrible régression pour les femmes du Monde en Général. Nos droits ne sont pas acquis, il suffit d’un rien, d’un changement de gouvernement, d’une crise sanitaire ou sécuritaire etc. Il nous faut constamment rester sur le qui vive être en état d’Alerte. Car dès qu’il y a une crise mondiale, les premières qui trinquent ce sont les femmes !

8– Votre avis sur le site ?

Pour avoir fait la même chose en plusieurs dimensions, je ne peux que féliciter quand c’est un homme qui encourage une ou des femmes, alors Bravo Aziz pour cette initiative que vous avez lancé tout comme pour votre site femme marocaine, les femmes de tous bords ont besoin de visibilité et on doit cesser de penser qu’elles sont faites uniquement pour faire les belles sur les couvertures. Elles ont aussi des cerveaux et elles sont méritantes. Elles sont bien souvent perçues à tort comme étant la cause du problème alors qu’elles sont plutôt la solution aux problèmes de l’humanité !

9– Dernier mot ?

De rester debout, de rester dans la résilience si l’on subit. De ne jamais perdre ses objectifs, de se protéger, de rester aussi dans la réalité objective. Les carcans religieux ont la peau dure et stigmatisent à tort la femme, quelque soit la confession du reste. Mais surtout et avant tout de ne jamais se brader, ni de se marchander mais de croire en leurs rêves !

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Juin 2022

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