Interviews

Hanen Marouani

1- Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours et vos activités

Bonjour et permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour cette invitation. Je m’appelle Hanen Marouani je suis tuniso-italienne, docteure en langue et littérature françaises et auteure de quatre recueils de poésie(s) publiés entre la Tunisie et la France et j’ai également contribué à plusieurs ouvrages collectifs publiés un peu partout dans le monde. Je suis également traductrice littéraire et membre de l’Association ATLAS au Collège International des Traducteurs Littéraires à Arles. En 2020, j’ai soutenu une thèse de doctorat dans la spécialité stylistique et analyse de discours intitulée « Le discours rapporté dans les récits d’Albert Camus. Approche énonciative » et qui paraîtra en France en 2023 sous forme d’une publication scientifique aux éditions L’Harmattan. En 2021, j’étais également diplômée de l’université de Sienne (Toscane) en langue et culture italiennes et de l’université de Rouen en didactique et pédagogie du FLE.
J’ai participé à des colloques, des festivals et des évènements culturels nationaux et internationaux ces six dernières années. Mes textes ont été publiés dans des revues et anthologies internationales et ils sont même traduits en d’autres langues comme l’espagnol, l’anglais, l’italien et l’arabe. J’ai reçu également des prix lors de ma participation à des concours de poésie, la dernière distinction était de la part de l’Association « Rencontres Européennes Europoésie » dans le cadre du concours Europoésie UNICEF 2021.

2- Et votre vie professionnelle

Je m’intéresse actuellement dans mes recherches scientifiques postdoctorales que j’effectue à l’Université Politehnica de Bucarest (Roumanie) dans le cadre du programme des bourses d’excellence Eugen Ionescu proposé et financé par le gouvernement de la Roumanie (le ministère des affaires étrangères) et géré par l’AUF Europe Centrale et Orientale à l’égalité Femmes/Hommes dans le discours littéraire, aux stratégies énonciatives favorisant la promotion des valeurs de l’égalité sociale et de genre dans la littérature contemporaine et à son impact sur la vie au quotidien et sur les mentalités en général. Cette problématique s’effectue à partir de l’analyse des pratiques discursives et énonciatives repérées des textes en mettant l’accent sur la lutte contre les différentes formes explicites et implicites des inégalités sociales et de genre.

3- Et pourquoi ce secteur d’activité,

Comme je viens de vous le mentionner déjà dans ma première réponse en me présentant, je n’ai pas un seul secteur d’activité mais dans tout ce que je faisais, il y a une certaine appétence pour la créativité et surtout pour la liberté. Je m’offrais donc cette possibilité d’être face à des horizons variés. Je me passionne pour l’écriture, pour le journalisme, pour la recherche scientifique et pour la poésie et plusieurs portes et fenêtres se sont ouvertes naturellement devant moi et je ne sais pas ce qui se présenterait à moi encore, mais dans l’exercice de ma profession en tant que chercheure ou enseignante, il y a d’autres compétences et conditions qui doivent être présentes et qui nécessitent l’interaction avec d’autres domaines et d’autres secteurs complètement différents de nos passions. C’est le pragmatisme et la discipline qui prennent la relève. Je me permets dans ce contexte de paraphraser Simone De Beauvoir : « On ne naît pas discipliné, on le devient », une mentalité n’est jamais une fatalité, elle s’acquiert par l’éduction, le travail continu et la persévérance.

La balance entre la raison et la passion s’apprend au fil du temps et par l’expérience. Je suis à la recherche de la nouveauté et de l’innovation et cela ne s’accomplit que par l’apprentissage en permanence et par l’ouverture d’esprit. J’avais l’intention de me lancer toujours dans de nouveaux projets qui font ouvrir à leur tour de nouvelles perspectives et c’est beau de sentir cette progression spontanée et naturelle. C’est une quête de soi qui n’a pas encore vu le bout de son chemin et c’est pour cette raison que tout cela a et aura une suite.

4– Quels sont vos projets à venir ?

Je continue le chemin que j’ai tracé dans la vie et mon choix d’écrire dans les différents genres ou dans le domaine de la recherche scientifique des sciences humaines va accompagner également mes prochains pas tout en restant reconnaissante à tous les profils, les motifs ou les facteurs qui ont facilité et alimenté cette aventure, cette quête de soi et cette envie d’écrire, de découvrir et de tendre la main à ceux qui sont dans le besoin car on a toutes et tous besoin d’une main tendue à un moment donné de nos vies. Et pour vous préciser mes projets à venir et comme c’était mentionné dans ma première réponse, mon ouvrage qui porte sur le sujet de ma recherche pendant le cycle doctoral intitulé « Le discours rapporté dans les récits d’Albert Camus. Approche énonciative » sortira en 2023 aux éditions l’Harmattan et un autre qui traite mon sujet pendant le cycle postdoctoral sur « Le discours comme lutte contre les inégalités femmes/hommes dans la littérature féministe contemporaine : Étude de cas de l’œuvre de Leila Slimani » sortira l’an prochain chez la même maison d’édition.

Mon objectif principal et primordial maintenant est de pouvoir accompagner ces deux projets à l’accomplissement.

5- Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie ?

On donne souvent une connotation péjorative à la goutte qui fait déborder le vase. Quant à moi c’est le moment le plus apte au changement positif si on sait bien comment tirer la morale et la bonne leçon. Chaque moment difficile a fait rejaillir de moi la plus belle version de moi-même. Et je ne vous cache pas que les déceptions et les difficultés étaient plus nombreuses que les belles surprises mais j’apprends et j’avance. Et j’ai appris beaucoup de plusieurs personnes mais ma mère était et demeure ma plus belle source d’inspiration et je lui fais un beau coucou et un gros bisou à partir d’ici.

6– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

L’avenir s’anticipe et les femmes doivent répondre dès aujourd’hui aux enjeux des générations futures et du rythme accéléré de l’époque actuelle et cela n’est possible que par la collaboration et le partage des belles valeurs. Le dynamisme féminin est de plus en plus reconnu partout dans le monde grâce à son efficacité et grâce à son impact positif sur la société et sur la communauté. La sororité (une expression que j’admire et que j’adore), la solidarité féminine et l’intelligence collective sont des motifs et des facteurs importants voire essentiels dans la réussite au quotidien non seulement des femmes mais aussi des hommes. Il faut donc être toujours dans une bonne et belle dynamique, il faut également promouvoir de bons profils féminins en interne et en externe. Et encore plus, il faut avoir l’impression et garder la certitude surtout que tout est possible dans la vie. Je crois à l’effet magique de la volonté et je crois beaucoup plus à l’intelligence collective et à la persévérance. Mon objectif actuel est de voir des femmes et des hommes qui se complètent vraiment, s’entraident, se respectent mutuellement pour le bien des deux côtés et non seulement pour le bien des femmes…si l’un des deux manque d’empathie, il est urgent de l’associer à un partenaire, à un groupe, à une association, à un cadre très empathique, si l’un des deux manque de créativité, il faut savoir le mettre dans un poste ou dans une mission qui peut lui être plus adapté(e) car cela ne peut qu’améliorer la performance de l’ensemble de la communauté. Et ici je parle d’un point de vue peut-être plus ou moins professionnel et, pourquoi pas, d’un point de vue personnel, psychologique et éducationnel.
L’hétérogénéité et la diversité sont des points forts à ne pas négliger ou ignorer. Un autre conseil que je trouve très important : l’indépendance sur tous les niveaux et sur tous les plans et n’attendez pas que les autres agissent comme vous pour éviter les déceptions et si parfois on échoue mais on reste sur la bonne voie quand on n’abandonne pas. Un(e) « leader» doit surtout et avant tout inspirer confiance, et comme cela ne suffit pas, il faut aussi faire la paix avec soi-même pour inspirer confiance et avancer.

7- Votre avis sur la situation de la femme

Dans ce cas, je peux parler de la femme tunisienne et de la femme italienne parce que les deux me concernent et je pense que les deux pays me représentent. Quant à la femme tunisienne, la loi lui a permis d’avoir beaucoup de droits pour mettre fin à la violence d’un ordre patriarcal grâce à l’héritage de Habib Bourguiba qui s’est inspiré du penseur tunisien Tahar Haddad. Le code du statut personnel (CSP) demeure un modèle à suivre pour le monde arabe même si beaucoup reste à faire. Au lendemain de la révolution de janvier 2011, la femme tunisienne a été dans l’obligation de faire face à plusieurs rudes épreuves pour garder ses droits et pour franchir les limites des visions dogmatiques, ce qui a ralenti l’émancipation des Tunisiennes, mais je pense qu’elles ont fait preuve de beaucoup de courage dans leur combat pour la liberté et qu’elles continuent à l’être et à le faire. Pour le cas de l’Italie, c’est beau de voir une cheffe de gouvernement comme Giorgia Meloni mais ce n’est pas toujours le cas quand elle représente l’extrême droite tout en exigeant certaines restrictions des droits comme celui de l’avortement. Cela ne peut que dévoiler une vision ultraconservatrice de la notion de la famille dans un pays que je vois de plus en plus inquiet de sa natalité déclinante. Il y a donc beaucoup de travail à faire des deux côtés mais je garde l’espoir que les femmes sont capables de tout. Il faut juste voir ce qui se passe actuellement en Iran. C’est vraiment historique. Les femmes sont vraiment des leaders de changements et elles prouvent chaque jour qu’elles le sont non seulement en Tunisie ou en Italie mais partout dans le monde.

8– Votre avis sur le site ?

Je vous remercie infiniment de nous avoir donné cette chance et cette occasion de visibilité par la mise en lumière du potentiel de certains profils féminins de partout dans le monde.

9– Dernier mot ?

Je vous remercie encore une fois pour cette belle opportunité et vous souhaite une très bonne continuation et beaucoup de succès dans cette belle initiative.

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Octobre 2022

Articles similaires

Un commentaire

  1. Très bel article Dr. Hanen ! La femme tunisienne a des droits qui protègent sa liberté, elle est aussi une femme combattante, qui continue à améliorer sa situation.. C’est vrai pour elle et pour toutes les femmes arabes surtout Rien n’est acquis en l’absence de la volonté de changer..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page